Une grande dame à Vaucanson avec les 506, 509 et 701

Écrit par MC Hibert, E Choffat et les élèves le . Publié dans Le C.D.I.

  Le jeudi 6 novembre, Gabriela Adamesteanu, écrivaine connue internationalement, a quitté, pour quelques heures, la maison des écritures de Neuvy-Le-Roi où elle écrit actuellement, pour venir à notre rencontre. C’est avec une grande simplicité que cette traductrice de Maupassant en roumain, sa langue natale, a accepté de répondre à nos questions autour de son roman Une matinée perdue. Elle a écouté avec une infinie gentillesse les lectures de quelques extraits que nous avions choisis et elle a su enrichir ces moments de partage de commentaires instructifs : c’est avec émotion qu’elle a évoqué la dictature communiste, la terrible censure et le difficile statut de l’écrivain sous l’ère totalitaire dans un pays alors « satellite de l’URSS ».  Elle s’exprime de façon claire et imagée, la métaphore lui étant familière. Finalement, pour nous, lycéens, cette matinée ne fut, en rien, une « matinée perdue » ! Elle est d'ailleurs revenue la semaine suivante parler de son travail avec les Terminales littéraires.

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Voici pêle-mêle les points qui ont été abordés avec Gabriela lors de ces deux interventions en Seconde et en Terminale L.

L'humour est-il là pour atténuer le côté cru des dialogues ?

« Ecrire n'est pas une leçon de littérature. La vie mélange le tragique et le comique, mes livres aussi ». Gabriela nous a parlé des problèmes de traduction de ses romans en français car les personnages du peuple usent de dialectes ou d'expressions dont la nuance est difficile à saisir dans une autre langue.

Comment écrire sous la censure ?

« Des patron de presse ont travaillé à la Securitate. Ils participaient ainsi à la vie politique. Tous les livres sont censurés, sauf les livres d'hommage au dictateur. Le service de la censure lit un livre, coupe un paragraphe ou interdit le livre. Dans mes livres, les passages coupés portaient sur l'évocation de la misère des pauvres, les files d'attente devant les magasins, une scène durant la nuit de Pâques alors que le régime communiste répudiait toute religion par exemple. »

Gabriela pratique également l'auto-censure car elle voulait vraiment que ses romans soit publiés.

Avez-vous vécu des arrestations pendant la dictature ?

Dans les années 1950, beaucoup d'arrestations se faisaient sur le modèle soviétique. On ne parlait pas aux enfants de cela pour les protéger, mais le 5 mars 1953, Gabriela a compris que quelque chose d'important avait eu lieu quand elle a entendu son père dire dans la chambre à côté : « l'ogre a crevé ». la terreur de Staline allait enfin cesser. Elle n'a pas eu de problème avec la Securitate mais le frère de son père, médecin a été arrêté, et est mort en prison. Gabriela a enfin parlé de la situation actuelle de son pays, de la richesse subitement amassée en Roumanie, avec de l'argent volé à l'Etat. Des procès ont lieu depuis quelques temps pour condamner ces agissements.