Lycée Vaucanson > Pages de Lettres > Pour rire et sourire > Stances de Voiture (1597-1648)
(texte procuré par la bibliothèque électronique de Lisieux)
STANCES SUR UNE DAME DONT LA JUPPE
fut retroussée en versant dans un carrosse, à la campagne.
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Philis je suis dessous vos loix : Et sans remede à cette fois Mon ame est vostre prisonniere. Mais sans justice & sans raison, Vous m'avez pris par le derriere : N'est-ce pas une trahison?
Je m'estois gardé de vos yeux ; Et ce visage gracieux, Qui peut faire paslir le nostre, Contre moy n'ayant point d'appas, Vous m'en avez fait voir un autre, Dequoy
je ne me gardois pas.
D'abord il se fit mon vainqueur : Ses attraits percerent mon coeur, Ma liberté se vit ravie : Et le meschant, en cét estat, S'estoit caché toute sa vie, Pour faire cét assassinat.
Il est vray que je fus surpris. Le feu passa dans mes esprits : Et mon coeur autrefois superbe, Humble, se rendit à l'Amour, Quand il vit vostre cu sur l'herbe, Faire honte aux rayons du jour.
Le Soleil confus dans les Cieux, En le voyant si radieux, Pensa retourner en arriere, Son feu ne servant plus de rien, Mais ayant veû vostre derriere, Il n'osa plus montrer le sien.
En decouvrant tant de beautez, Les Sylvains furent enchantez, Et Zephyre voyant encore D'autres appas que vous avez : Mesme en la presence de Flore, Vous baisa ce que vous sçavez.
La Rose la Reyne des fleurs, Perdit ses plus vives couleurs ; De crainte l'oeillet devint blesme : Et Narcisse alors convaincu, Oublia l'amour de soy-mesme, Pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n'est si precieux, Et la clarté de vos beaux yeux, Vostre teint qui jamais ne change, Et le reste de vos appas, Ne meritent point de louange, Qu'alors qu'il ne se montre pas.
On m'a dit qu'il a des defaux Qui me causeront mille maux ; Car il est farouche à merveilles : Il est dur comme un diamant, Il est sans yeux & sans oreilles, Et ne parle que rarement.
Mais je l'ayme, & veux que mes vers Par tous les coins de l'Univers En fassent vivre la memoire : Et ne veux penser desormais Qu'à chanter dignement la gloire Du plus beau cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas, Les mortels ne dureroient pas, Si ces beautez estoient sans voiles. Les Dieux qui regnent dessus nous, Assis la-haut sur les Estoilles, Ont un moins beau siege que vous.
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