Durtal était dans la situation d’un grand nombre
de célibataires qui font nettoyer leur ménage par un concierge. [...]
Il allait falloir subir le vacarme de cet homme
qui, somnolent et pacifique dans sa
loge, devenait terrible, un
balai au poing.
Des allures martiales, des instincts guerriers
se révélaient subitement chez
ce sédentaire assoupi, dès l’aube, dans
la tiède vapeur des mirotons. Il se
muait en un insurgé qui montait à l’assaut du lit, chambardait les
chaises,
jonglait avec les cadres, bouleversait les tables,
cognait le pot à eau et la
cuvette, traînait, ainsi que des vaincus par les cheveux,
les brodequins de
Durtal par leurs lacets, enlevait le logis
comme une barricade, plantait, en
guise de drapeau, son torchon dans un nuage de
poudre, sur des meubles
morts.
Durtal se réfugiait
alors dans celles de ses pièces
qu’il n’attaquait point ; ce jour-là, il dut
abandonner son cabinet de
travail dans lequel Rateau commençait la lutte
et s’enfuir dans la chambre à
coucher. De là, il apercevait encore, par la portière laissée ouverte, le dos
de l’ennemi qui, un plumeau au-dessus de la tête, coiffée comme d’une
couronne de Mohican, entamait la danse du
scalp, autour d’une table.
J.K.
HUYSMANS Là-bas
(1891)
champ lexical du combat guerrier
lexique de l'univers trivial du concierge dans son environnement
(L'association de ces deux séries lexicales confère au texte un style héroï-comique)