Pour écrire «Paris Parias», qu’est-ce qui t’a inspiré? Un fait divers? Une femme? Un endroit particulier? Un roman noir ? Lequel en particulier ?
Au
début, je suis parti sur le personnage de Jojo, sur ce que pouvait ressentir
un type qui après de longues années de prison se retrouve à Paris , dans la
jungle de la ville, de la vie, à devoir de nouveau être dans la vie, avec un job et tout le reste, qu'est ce qui se passe
dans sa tête, ses émotions, ses impressions, et puis lorsqu'il remonte la
rue de Clignancourt, il voit des choses, des gens, et là, m'est venue l'idée
du couple de "clodos" Irina et l'homme en noir et là, c'est
l'imagination qui arrive par rapport à ce que peut ou doit ressentir un tel
personnage dans une telle situation....
Tu dis que tu commences à écrire en ne réfléchissant pas à un plan, sans savoir où tu vas. Était-ce le cas pour ce livre ou avais-tu déjà une trame ? As tu eu du mal à trouver la chute si tu n’avais pas de plan ?
Effectivement,
encore une fois j'avance pas à pas avec le personnage, par exemple, lorsque
Jojo descend l'escalier de
l'hôtel pour la première fois, il croise la femme africaine que l'on reverra
plus tard et qui est très importante, et un jeune couple dont la fille est
enceinte. Eux on ne les reverra plus, je ne sais pas pourquoi, mais j'aurais
très bien pu m'en servir, donc à chaque fois c'est un personnage dans une
situation (géographique, p
sychologique…)
qui existe, qui évolue, et après on presse cette équation comme un citron
et on essaie de déboucher sur une suite....logique?
Après,
une trame, ou une intrigue, ou une tension, j'espère, qui fera que le
lecteur, j'espère ne lâchera pas le livre se met en route, mais au début,
je n'ai aucune idée de ce dont je vais parler, du point de vue des
rebondissements et des évènements, on peut dire que comme le personnage, mon
écriture suit, se laisse guider par les
hasards de la vie et du destin, ou se laisse faire par eux...
Quant à la chute, j'ai eu beaucoup de mal, et aujourd'hui je pense que
j'aurais dû écrire cent pages de plus....
Comment
fais-tu pour décrire avec autant de précision Paris la nuit, les ambiances,
les bars ? Tu fais un travail d’investigation ? Jusqu’où vas-tu dans
la réalité ? Où commence la fiction ?
Je me suis pas mal promené dans Paris la nuit, je regarde beaucoup les gens, la ville, la rue, je sens les choses, on peut dire que je crie, je décris plus que je n'écris, on peut dire que je vois des choses, puis je les mets sur papier, je les mets en scène avec des mots comme un peintre ou un photographe, pour transmettre. Lorsque Angèle est dans le bar sordide de la banlieue, j'ai besoin d'y être aussi, je me mets à sa place, et à la place des types, même si ce sont des crapules et des sales types avec de drôles d'idées en tête, je sens les ambiances, j'entends les sons, je vois les visages, je décèle les non-dits, les intentions, les coups bas, comme si je les captais avec une caméra et j'essaie de retranscrire tout cela avec le plus de réalisme possible, avec un souci de "vérité", peut être est-ce du naturalisme, mais je ne suis pas un théoricien du tout, au cinéma il y a le réalisme poétique à la Prévert et Carné, il y a aussi la politique fiction, peut être que je fais de la poétique fiction ou du virtuel réalisme ou un mélange des deux.... En tous les cas je veux qu'on y croie, qu'on soit avec les personnages, qu'on ressente ce qu'ils ressentent, comme dans la vie...
Est-ce qu’un endroit comme la propriété où des femmes sont mutilées et violées existe vraiment dans Paris ou sa banlieue ?
Je
ne sais pas, je ne pense pas mais tout existe et tout peut arriver, des
organisations de prostitution il y en a depuis des siècles, il y a eu des
baraquements sur des chantiers où des filles étaient à l'abatttage",
des caves dans des HLM où des gamines se prostituaient, ça , ça a
existé...
Que signifie Parias pour toi ?
Ceux
qui sont montrés du doigt, dont les gens soi-disant bien pensants disent
qu'ils sont pas comme tout le monde, les inadaptés tant physiquement que
socialement, les pauvres, les riches pas bien dans leur tête et à côté de
la plaque et qui finissent en HP, les déçus de la vie et de l'amour au bord
du suicide, les laissés pour compte de tout poil, ceux qui dérangent, enfin
tout ceux qui naviguent à contre-courant, et que les autres, les fameux
autres jugent, sans connaître,
et la liste est longue…
Comment fais-tu pour te mettre dans la peau de personnages marginaux ? Est-ce que tu les espionnes pour apprendre leur langage, leurs tics ?
Encore une fois, je me sens du côté de ces parias, peut-être que je suis mon propre laboratoire et que ma vie est une fiction, donc je ressens ce qu'ils peuvent ressentir, et peut-être que j'écris plus comme un poète que comme un romancier dans le sens où je mets en scène mon spleen, mon mal de vivre, mes doutes, à la manière, très humblement, d'un poète...
(Une interview électronique de Marie. Merci Thierry !)