Lycée Vaucanson > Pages de Lettres >
Coin élèves
> Polar La Riche 2005
* Cette nouvelle de
Paul Chasle (en seconde en
2005-2005)
lui a valu le 3ème prix de la catégorie "Jeunes" du
concours de la médiathèque de La Riche
LE GRAND CARNAVAL
Libération,
édition du 6 janvier 2000
" La ville de Tours coupée du
monde depuis déjà cinq jours.
Les forces de police qui ont
encerclé la cité ne laissent filtrer aucune information.
Malgré cela quelques témoins prétendent avoir
entendu un coups de feux provenant du quartier Ouest. Ces
événements sont pour certaines mauvaises langues les
premiers signes de la fin des temps, il n'en est rien. Mais tout ce que
nous pouvons dire pour l'instant, c'est qu'un terrible incident est
survenu lors du grand carnaval il y a de cela six jours, à la
suite de l'attaque d'une banque menée par des hommes
masqués et travestis en oiseaux ".
Tours,
6 janvier 2000
Je reposai ma tête sur mon oreiller de fortune. Cela faisait
déjà cinq jours que ce cauchemar avait commencé et
tout cela à cause d'un vulgaire cambriolage à la Banque
Centrale, là où tout avait
dégénéré. D'abord la prise d'otages, on
dénombra 27 morts dans les civils et les employés,
puis l'assaut des forces spéciales, ce fut un véritable
bain de sang. Les quelques rescapés du côté des
assiégés réussirent à s'échapper par
un ingénieux système de tunnel creusé sous la
ville lors de la seconde guerre mondiale. Et malheureusement ce fut moi
que l'on désigna pour les retrouver.
Moi, Navis Marchand, officier au Département de la
Défense Territorial et Antiterroriste " DDTAT ". C'est ainsi que
commença la plus catastrophique des enquêtes de ma
carrière et ceci même le premier jour du nouvel an, lors
du grand carnaval annuel. Peut-être l'une des plus belles
fêtes du monde, car c'est là que chaque année se
réunissent les 30 plus grands cirques internationaux ; c'est
là que l'on voit naître dans toute la région des
chapiteaux et des manèges s'élevant parfois à
plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Mais c'est aussi
là que se réunissent les gangs et les organisations
terroristes du monde entier, profitant du chaos qu'occasionne pendant
plusieurs semaines la marée de touristes venus profiter de ces
attractions...
Voilà donc à peu près ce qui se passait lors du
fameux cambriolage. Maintenant rien n'est plus comme avant car,
dés lors que l'on me confia l'enquête, il se
présenta des choses de plus en plus étranges.
Tours,
1er janvier 2000
J'étais encore au lit quand j'ai reçu un coup de fil de
mon supérieur me donnant l'ordre de le retrouver au siège
de l'organisation le plus vite possible, et apparemment, au ton de sa
voix ce n'était pas pour une broutille. A peine étais-je
arrivé que des journalistes m'assaillent et j'eus juste le temps
de rentrer en trombe dans l'immeuble pour ne pas succomber sous la
masse. Suivi de prés par mon collègue Paul Robinson je me
précipitai dans l'ascenseur le plus proche afin de me mettre au
courant.
Il n'y a pas à dire, la police française a le chic pour
accumuler les bavures et heureusement que nous ne sommes pas une
organisation gouvernementale sinon se serait pareil pour nous.
Et ça pour une bévue.. c'est une "grosse bavure " !
C'est au moment du briefing que je me rendis compte de l'importance de
cette opération, il y avait 2000 policiers et 150 chiens
réquisitionnés, ainsi que 39 agents du " DDTAT ". Et
c'était à moi que l'on avait confié la direction
des opérations. D'après les renseignements il s'agissait
du "BAT", un groupe de malfrats, impliqué dans des trafics
d'armes et autres meurtres organisés sur lesquels j'avais
enquêté. J'avais donc été reconnu le plus
apte à diriger les manœuvres.
Le rapport de police renseignait sur le cambriolage. Ce matin à
6 heures, une dizaine d'hommes armés, déguisés en
oiseaux, s'est engouffré dans la banque, tuant deux vigiles et
faisant prisonnier une trentaine d'otages. Le caissier eu juste le
temps d'activer l'alarme avant de se faire descendre et les services de
police arrivèrent suffisamment vite pour bloquer toute retraite
aux assaillants. Malgré les avertissements des terroristes, la
police donna l'assaut provoquant la mort de 13 otages et 8 criminels
bien que deux en réchappèrent, actuellement
recherchés dans toute la ville. Il m'avait été
confié la tache de retrouver les deux survivants.
Tours,
2 janvier 2000 , 7 h 59
A 8 h 00 du matin le téléphone sonna au siège de
l'organisation, c'était les 2 terroristes recherchés qui
menaçaient de faire sauter la ville si on ne leur remettait pas
d'ici 48 heures vingt cinq millions en liquide à déposer
au pied de la fontaine sous les Halles. Sur ordre du Préfet la
ville fut évacuée.
Tours,
3 janvier 2000, 1 h 02
L'évacuation venait de prendre fin, la ville était
déserte. Seul le siège de l'organisation était
encore occupé.
Tours,
3 janvier 2000, midi
Après une demi journée de patrouille et d'investigation
on n'avait encore rien trouvé surtout que les deux terroristes
se trouvaient sûrement encore en ville. Exténué, je
m'assoupie dans mon fauteuil.
Tours,
4 janvier 2000, 0 h 17
A 0 h18, j'ouvris un œil puis deux ... arf... il ne restait plus
que 13 h avant le feu de joie et moi je dormais.
Bien décidé à empêcher ce feu d'artifice de
nouvel an, je cherchais où les emplumés avaient pu cacher
leur " cocotte minute ". Il n'y avait pas de station service en ville,
les tuyauteries de gaz avaient été fermées,
à moins qu'ils n'aient planqué un tas de pétards
quelque part dans une ruelle sombre, mais des ruelles sombres la ville
en était remplie...
Tours,
4 janvier 2000, 7 h 59
...5....4...3...2...1...0...rien, il est 8 h 00 et ...rien... ça
ne pête même pas ! C'est presque décevant, tout
ça pour rien. On avait déménagé il y a une
heure pour rejoindre les abords de la ville, histoire de voir ça
de loin, mais rien... le Préfet décida d'attendre 24 h
avant de continuer les recherches, décidément les bandits
ne sont plus ce qu'ils étaient, peut-être avait-il peur de
sauter avec leur " joujou " ?
Tours,
5 janvier 2000, 9 h 00
Les patrouilles sont reparties en petits effectifs : 22 groupes de 3
hommes accompagnés de deux chiens qui quadrillent toute la
ville. Moi je m'occupais du quartier Ouest avec deux autres
patrouilles. Il faut qu'on les retrouve ces volatiles !
Tours,
6 janvier 2000, 22 h
J'avais froid, faim et plus de clopes. La ville était
désertée par la population qui avait du quitter les lieux
précipitamment lors de l'évacuation. Dans certains
bâtiments les lumières éclairaient encore les
fenêtres dans la nuit et le froid. Je décidais d'aller me
réfugier dans un bar dont l'enseigne clignotait encore. Un
briquet, un paquet de cigarettes ... pratique les bars déserts.
Je me suis couché sur une banquette pour me reposer un peu.
Cela faisait bien 37 h que je déambulais dans ce foutu quartier
à la recherche des deux piafs. Dire que leurs bombes auraient
déjà du exploser il y a 62 h, pas très
crédibles ces perruches ! Le Préfet a
préféré maintenir l'ordre d'évacuation, et
de toute façon les deux oiseaux sont forcément dans le
coin vu que la ville est bouclée. Pour le moment à par
moi et quelques patrouilles il n'y a vraiment personne. Je me
décidais à partir quand je les ai vus ... les oiseaux ...
dehors, ils venaient de sortir d'une ruelle un peu plus haute dans la
rue. Je dégainais mon arme tout en appelant des renforts et je
suis sorti :
- bougez pas bande d'emplumés, les mains sur la tête,
presto ! Ils pivotèrent doucement jusqu'à être
finalement face à moi et là, une détonation
éclata. Le plus grand des deux piafs s'écroula sur le
sol, je venais de l'abattre, l'autre ne bougea pas mais j'entendis
approcher les renforts, un fourgon s'arrêta.
- que s'est-il passé ici ?...
- ...
- légitime défense je suppose, embarquez-moi cette
cocotte puis on fait le ménage et on remballe.
- attendez monsieur le Préfet
- oui je sais ... ne vous inquiétez pas, vous serez
décoré !
Mais il ne m'écoutait déjà plus, je venais de tuer
un homme après 6 jours de recherches, l'évacuation de la
ville et un carnage à la banque centrale, mais ...il s'en
foutait.
Tout ça à cause de ces satanés piafs qui...
Libération,
édition du 6 janvier 2000
" Faits divers
Nous déplorons aujourd'hui la
mort de 6 policiers de Tours ainsi que celle d'un agent du " DDTAT "
lors de l'arrestation des deux terroristes responsables de
l'évacuation de la ville de Tours ainsi que de la tuerie
survenue quelques jours plus tôt à la banque centrale. Ils
auraient apparemment porté sur eux des explosifs cachés
sous leur costume " d'oiseaux " et se seraient fait sauter au moment de
l'arrestation, creusant un cratère d'une vingtaine de
mètres de diamètre au cœur du quartier Ouest de la
ville ".
Lycée Vaucanson > Pages de Lettres >
Coin élèves
> Polar La Riche 2005