J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô  balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

 

 

 

 

 


 

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

 

Anaphore qui structure le poème en prose, le constituant presque en strophes. Cette figure d’insistance met l’accent sur la relation entre le locuteur et la destinataire. Il s’agit en principe d’un lien de conséquence, articulé par la locution conjonctive tant…que . C’est le rêve quatre fois répété et accentué par l’intensif tant qui est présenté comme la cause de la disparition de la femme aimée

Le ô du cœur du texte est une sorte de signal d’invocation propre à la poésie classique

 

 

 

 


 

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

 Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

 

Les marques de l’énonciation :

- celles du locuteur

- celles de la destinataire

 

le lexique de la sensualité amoureuse

- les mots du corps et de l’amour

- les verbes qui connotent le contact amoureux

 

 

 

 


 

 

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

  Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

Champ lexical de la disparition, de la perte de réalité… : c’est le locuteur qui passe du rêve à l’immatérialité du fantôme et de l’ombre, mais la destinataire aussi 

Une question rhétorique : suggère peut-être  une certaine angoisse devant le temps qui condamne l’union amoureuse

Formes négatives qui contribuent à donner une donner une tonalité mélancolique au poème.

 


 

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

 

Le mot balance connote l’hésitation entre deux états, ici peut-être entre le rêve démesuré et la réalité fuyante.

Locutions adverbiales qui scandent chaque « strophe » et traduisent le doute du locuteur, son « flottement » psychologique, peut-être même son désarroi.


 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai tant rêvé de toi

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera  allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

 

Robert DESNOS Corps et Biens (1930)

 

Passé composé : le temps des rêves

Présent : le temps du doute et de la perte

Futur : le temps des ombres et fantômes

Conditionnel : le mode de l’irréel

Indications du passage du temps : il s’agit du temps passé mais surtout de l’expression d’un sentiment de fatalité.