La ferme des animaux de George Orwell : un apologue


En quoi le récit d'Orwell, paru en 1945, peut-il être considéré comme un apologue ?

Il associe les caractéristiques fondamentales de ce genre :


0. Par le projet de son auteur :

« Animal farm est le premier livre dans lequel j'ai essayé, en ayant pleinement conscience de ce que je faisais, de fusionner en un tout le but artistique et le but politique » (George Orwell Pourquoi j'écris)


1. C'est un bref récit accessible dans son sens premier

- format

10 chapitres pour 150 pages en édition Folio, c'est le format d'une grande nouvelle ou d'un petit roman. Sans être aussi bref qu'une fable, c'est un récit relativement modeste

- simplicité du style

« La bonne prose est comme une vitre » dit Orwell pour suggérer que l'écriture doit permettre au lecteur de voir clairement quel est le propos, sans se mettre en travers de la compréhension. Ses phrases sont généralement simples, de même que le vocabulaire. (Ce qui fait apparaître d'autant plus ridicule le jargon employé par la propagande de Boule-de-Neige...)

- simplicité de la structure. Le récit suit les étapes suivantes :

A. État initial déséquilibré : la misère physique et morale

des animaux sous la domination de Jones

B. La rébellion : les animaux chassent les hommes

C. La ferme des animaux est fondée sur un certain nombre de principes

D. A travers une série d'épisodes, les lois égalitaires qui régissent la ferme des animaux sont progressivement transgressées par ceux qui dirigent : les cochons

A' État final déséquilibré : la misère physique et morale

des animaux sous la domination des cohons devenus humains

Le lecteur se rend clairement compte de la circularité du récit, puisqu'il est presque « en boucle », et donne déjà une sorte de « leçon » assez pessimiste, puisque le sort des animaux à l'issue du récit est aussi misérable (sinon pire) qu'au début...

- fantaisie, fiction

Il s'agit ici d'une sorte de fable animalière qui répond aux conventions accpetables du genre : les animaux parlent, pensent, agissent comme des humains. Ils ont des « profils » caractéristiques du type « moutons=suivistes obéissants », cheval=travailleur », ce sont des silhouettes schématiques, même si elles prennent une personnalité par des noms et sobriquets.

Il s'agit là de ce qui caractérise l'aspect « fable » du récit, sa composante irrationnelle, acceptable par un enfant parce qu'elle relève du merveilleux des contes et fables traditionnelles.

- humour et ironie

le lecteur éprouve un plaisir à constater la naïveté des animaux facilement trompés par Napoléon, de même qu'un certain plaisir à retrouver les traits humains sous les comportements animaux.


2. Il est porteur d'un enseignement, d'un sens second

- une contre-utopie

cette sorte de république des animaux tourne assez rapidement au cauchemar. Sans être aussi épouvantable que l'univers de 1984, le roman d'anticipation d'Orwell, il nous fait passer de la fondation d'une communauté égalitaire à la réalité d'un esclavage au sein d'une dictature

- significations liées à un contexte historique : 2 décodages possibles

- signification universelle ?

l'ensemble du récit est une sorte de conte philosophique qui montre comment les utopies sont dangereuses et tournent au malheur de ceux dont elles prétendent assurer le bonheur.


On est ainsi devant 3 niveaux de lecture :

- une histoire d'animaux de la ferme

- la critique du communisme

- une vision pessimiste du monde


On peut donc dire que La ferme des animaux réunit la plupart des caractéristiques significatives de l'apologue : à travers un récit bref dont le sens premier offre de façon plaisante une histoire d'animaux, George Orwell transmet une fable philosophique dont la signification, grâce à l'allégorie, dépasse la simple analyse idéologique d'un moment historique.

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La ferme des animaux : grille de lecture

Les personnages
M. Jones : le tsar Nicolas II.
Sage l'Ancien : il ne peut pas représenter Lénine (hypothèse parfois avancée) : la figure est trop positive et Sage l'Ancien ne gouverne pas. Il n'y a donc pas de Lénine dans ce livre. Sage l'Ancien est un théoricien, et est une allégorie claire de Karl Marx (ou de Marx et Engels, ou plus généralement des théoriciens communistes de l'époque et de leur idéal)
Napoléon : Staline.
Boule-de-Neige : Trotsky.
Brille-Babil : la Pravda, et plus généralement tout organe de propagande. En fait, Brille-Babil représente un Goebbels au service de Staline.
Malabar : Stakhanov.
Moïse : l'église orthodoxe.
M. Frederick : Hitler.

Les espèces
Les hommes : la classe patronale et les capitalistes.
Les cochons : la direction du Parti.
Les chiens : la police politique.
Les chevaux : le prolétariat ouvrier et militant.
Les moutons : les masses.
La chatte : les hédonistes et les profiteurs apolitiques.
Les pigeons : ceux qui répandent les théories communistes dans tous les pays.
Les animaux sauvages : les mencheviks.

Les lieux
La Ferme du Manoir : l'empire russe.
La Ferme des Animaux : l'URSS.
La maison de Jones : le Kremlin.
Pinchfield : l'Allemagne.
Foxwood : l'Angleterre ou, plus exactement, l'Empire Britannique, << vaste exploitation mal tenue et vieux jeu >>. Éventuellement l'Empire Britannique plus la France, ce qui ne change rien à l'affaire.

Les évènements
Le Soulèvement : la Révolution d'Octobre.
La bataille de l'Étable : la guerre contre les Russes blancs.
La ligne politique nouvelle (reprise des relations commerciales avec le voisinage) : la NEP.
La destruction du moulin : l'échec du plan quinquennal.
Les aveux et exécutions : les procès de Moscou.
Le marché avec Frederick : le pacte germano-soviétique.

Divers
Le moulin à vent : les grands projets.
Bêtes d'Angleterre : l'Internationale (mixée avec le slogan marxiste << Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. >>).
Les nouvelles chansons et poèmes : l'altération des théories marxistes et les odes à Staline, incorporées à un culte de la personnalité.
Le Père de tous les Animaux : le Petit Père des Peuples.