Marquis de SADE (1740 -
1814)
Dialogue entre un Prêtre
et un Moribond
(composé vers
1782)
Une
édition électronique du Lycée
Vaucanson - Tours (37)
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Le prêtre
: Arrivé à cet
instant fatalCelui
de la mort,
où le
voile de
l'illusion ne se déchire que pour laisser à
l'homme
séduitConduit
dans une mauvaise voie (celle du péché) le
tableau cruel de ses erreurs et de ses
vices, ne
vous repentez-vous point, mon enfant, des désordresComportement
immoral
multipliés où vous ont emporté la
faiblesse et la
fragilité humaine ?Le moribond : Oui, mon ami, je me repens.
Le prêtre : Eh bien, profitez de ces remords heureux pour obtenir du ciel, dans le court intervalle qui vous reste, l'absolutionLibération de ses péchés par le pardon de Dieu. Elle est transmise par un prêtre après une confession générale de vos fautes, et songez que ce n'est que par la médiationIntermédiaire du très saint sacrement de la pénitenceLe rituel qui permet d'obtenir le pardon des péchés qu'il vous sera possible de l'obtenir de l'ÉternelDieu.
Le moribond : Je ne t'entendsComprends pas plus que tu ne m'as compris.
Le prêtre : Eh quoi !
Le moribond : Je t'ai dit que je me repentais.
Le prêtre : Je l'ai entendu.
Le moribond : Oui, mais sans le comprendre.
Le prêtre : Quelle interprétation?...
Le moribond
: La voici...
Créé par la nature avec des goûts
très vifs,
avec des passions très fortes; uniquement placé
dans ce
monde pour m'y livrer et pour
les satisfaire, et ces effets de ma création
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n'étant que
des nécessités relatives
aux premières vues de la nature
ou, si tu l'aimes mieux, que des dérivaisonsDérivations, conséquences essentielles à ses projets sur moi, tous en raison de ses lois, je ne me repens que de n'avoir pas assez reconnu sa toute-puissance, et mes uniques remords ne portent que sur le médiocreInsuffisant, trop limité (sens d'origine : moyen) usage que j'ai fait des facultés (criminelles selon toi, toutes simples selon moi) qu'elle m'avait données pour la servir ; je lui ai quelquefois résisté, je m'en repens. Aveuglé par l'absurdité de tes systèmesConceptions, idées religieuses., j'ai combattu par eux toute la violence des désirs, que j'avais reçus par une inspiration bien plus divine, et je m'en repens, je n'ai moissonné que des fleurs quand je pouvais faire une ample récolte de fruits... Voilà les justes motifs de mes regrets, estime-moi assez pour ne m'en pas supposer d'autres.
Le prêtre : Où vous entraînent vos erreurs, où vous conduisent vos sophismesRaisonnements qui apparaissent comme rigoureux et logiques, mais qui en réalité sont faux. ! Vous prêtez à la chose créée toute la puissance du créateur, et ces malheureux penchants vous ont égaré - vous ne voyez pas qu'ils ne sont que des effets de cette nature corrompue, à laquelle vous attribuez la toute-puissance..
Le moribond : Ami - il me paraît que ta dialectiqueici, ta façon de raisonner. Cliquer sur le lien pour en savoir plus est aussi fausse que ton esprit. Je voudrais que tu raisonnasses plus juste, ou que tu
ou, si tu l'aimes mieux, que des dérivaisonsDérivations, conséquences essentielles à ses projets sur moi, tous en raison de ses lois, je ne me repens que de n'avoir pas assez reconnu sa toute-puissance, et mes uniques remords ne portent que sur le médiocreInsuffisant, trop limité (sens d'origine : moyen) usage que j'ai fait des facultés (criminelles selon toi, toutes simples selon moi) qu'elle m'avait données pour la servir ; je lui ai quelquefois résisté, je m'en repens. Aveuglé par l'absurdité de tes systèmesConceptions, idées religieuses., j'ai combattu par eux toute la violence des désirs, que j'avais reçus par une inspiration bien plus divine, et je m'en repens, je n'ai moissonné que des fleurs quand je pouvais faire une ample récolte de fruits... Voilà les justes motifs de mes regrets, estime-moi assez pour ne m'en pas supposer d'autres.
Le prêtre : Où vous entraînent vos erreurs, où vous conduisent vos sophismesRaisonnements qui apparaissent comme rigoureux et logiques, mais qui en réalité sont faux. ! Vous prêtez à la chose créée toute la puissance du créateur, et ces malheureux penchants vous ont égaré - vous ne voyez pas qu'ils ne sont que des effets de cette nature corrompue, à laquelle vous attribuez la toute-puissance..
Le moribond : Ami - il me paraît que ta dialectiqueici, ta façon de raisonner. Cliquer sur le lien pour en savoir plus est aussi fausse que ton esprit. Je voudrais que tu raisonnasses plus juste, ou que tu
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ne me laissasses mourir
en paix. Qu'entends-tu par créateur, et qu'entends-tu par
nature corrompue ?
Le prêtre : Le créateur est le maître de l'univers, c'est lui qui a tout fait, tout créé, et qui conserve tout par un simple effet de sa toute-puissance.
Le moribond : Voilà un grand homme assurément. Eh bien, dis-moi pourquoi cet homme-là qui est si puissant a pourtant fait selon toi une nature si corrompue.
Le prêtre : Le créateur est le maître de l'univers, c'est lui qui a tout fait, tout créé, et qui conserve tout par un simple effet de sa toute-puissance.
Le moribond : Voilà un grand homme assurément. Eh bien, dis-moi pourquoi cet homme-là qui est si puissant a pourtant fait selon toi une nature si corrompue.
Le prêtre
: Quel mérite eussent eu les hommes, si Dieu ne leur
eût pas laissé leur libre
arbitrefaculté de choisir librement son destin.
Cliquer sur le lien pour en savoir plus, et quel
mérite eussent-ils à en jouir s'il n'y
eût sur la terre la possibilité de faire le bien
et celle d'éviter le mal ?
Le moribond : Ainsi ton dieu a voulu faire tout de travers pour tenter, ou pour éprouver sa créature; il ne la connaissait donc pas, il ne se doutait donc pas du résultat ?
Le prêtre : Il la connaissait sans doute, mais encore un coup il voulait lui laisser le mérite du choix.
Le moribond : A quoi bon, dès qu'il savait le parti qu'elle prendraitLe choix qu'elle ferait (elle = la créature, autrement dit l'être humain) et qu'il ne tenait qu'à lui, puisque tu le dis tout-puissant, qu'il ne tenait qu'à lui, dis-je, de lui faire prendre le bon.
Le moribond : Ainsi ton dieu a voulu faire tout de travers pour tenter, ou pour éprouver sa créature; il ne la connaissait donc pas, il ne se doutait donc pas du résultat ?
Le prêtre : Il la connaissait sans doute, mais encore un coup il voulait lui laisser le mérite du choix.
Le moribond : A quoi bon, dès qu'il savait le parti qu'elle prendraitLe choix qu'elle ferait (elle = la créature, autrement dit l'être humain) et qu'il ne tenait qu'à lui, puisque tu le dis tout-puissant, qu'il ne tenait qu'à lui, dis-je, de lui faire prendre le bon.
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Le prêtre
: Qui peut comprendre les vues immenses et infinies de Dieu sur l'homme
et qui peut comprendre tout ce que nous voyons?
Le moribond : Celui qui simplifie les choses, mon ami, celui surtout qui ne multiplie pas les causes, pour mieux embrouiller les effetsConséquences.
Qu'as-tu besoin d'une seconde difficulté, quand tu ne peux pas expliquer la première, et dès qu'il est possible que la nature toute seule ait fait ce que tu attribues à ton dieu, pourquoi veux-tu lui aller chercher un maître ? La cause de ce que tu ne comprends pas, est peut-être la chose du monde la plus simple. Perfectionne ta physique et tu comprendras mieux la nature, épure ta raison, bannisChasse de ton esprit tes préjugés et tu n'auras plus besoin de ton dieu.
Le prêtre : Malheureux ! je ne te croyais que socinienDoctrine qui refuse la dogme de la sainte trinité, ainsi que plusieurs autres points de la foi chrétienne. Cliquer sur le lien pour en savoir plus - j'avais des armes pour te combattre, mais je vois bien que tu es athéePersonne qui pense qu'il n'existe aucun dieu, et dès que ton coeur se refuse à l'immensité des preuves authentiques que nous recevons chaque jour de l'existence du créateur - je n'ai plus rien à te dire. On ne rend point la lumière à un aveugle.
Le moribond : Mon ami, conviens d'un fait, c'est que celui des deux qui l'est le plus, doit assurément être plutôt celui qui se met un bandeau que celui qui se l'arrache. Tu édifies, tu inventes, tu multiplies, moi je détruis, je simplifie. Tu ajoutes erreurs sur erreurs,
Le moribond : Celui qui simplifie les choses, mon ami, celui surtout qui ne multiplie pas les causes, pour mieux embrouiller les effetsConséquences.
Qu'as-tu besoin d'une seconde difficulté, quand tu ne peux pas expliquer la première, et dès qu'il est possible que la nature toute seule ait fait ce que tu attribues à ton dieu, pourquoi veux-tu lui aller chercher un maître ? La cause de ce que tu ne comprends pas, est peut-être la chose du monde la plus simple. Perfectionne ta physique et tu comprendras mieux la nature, épure ta raison, bannisChasse de ton esprit tes préjugés et tu n'auras plus besoin de ton dieu.
Le prêtre : Malheureux ! je ne te croyais que socinienDoctrine qui refuse la dogme de la sainte trinité, ainsi que plusieurs autres points de la foi chrétienne. Cliquer sur le lien pour en savoir plus - j'avais des armes pour te combattre, mais je vois bien que tu es athéePersonne qui pense qu'il n'existe aucun dieu, et dès que ton coeur se refuse à l'immensité des preuves authentiques que nous recevons chaque jour de l'existence du créateur - je n'ai plus rien à te dire. On ne rend point la lumière à un aveugle.
Le moribond : Mon ami, conviens d'un fait, c'est que celui des deux qui l'est le plus, doit assurément être plutôt celui qui se met un bandeau que celui qui se l'arrache. Tu édifies, tu inventes, tu multiplies, moi je détruis, je simplifie. Tu ajoutes erreurs sur erreurs,
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moi je les combats
toutes. Lequel de nous deux est aveugle ?
Le prêtre : Vous ne croyez donc point en Dieu ?
Le moribond : Non. Et cela pour une raison bien simple, c'est qu'il est parfaitement impossible de croire ce qu'on ne comprend pas. Entre la compréhension et la foi, il doit exister des rapports immédiats ; la compréhension n'agit point, la foi est morte, et ceux qui, dans tel cas prétendraient en avoir, en imposentTrompent (les autres). Je te défie toi-même de croire au dieu que tu me prêches - parce que tu ne saurais me le démontrer, parce qu'il n'est pas en toi de me le définir, que par conséquent tu ne le comprends pas - que dès que tu ne le comprends pas, tu ne peux plus m'en fournir aucun argument raisonnable et qu'en un mot tout ce qui est au-dessus des bornes de l'esprit humain, est ou chimèreReprésentation imaginaire, impossible, comme la Chimère, créature fantastique de la mythologie grecque ayant une tête de lion, un corps de chèvre et une queue de dragon ou inutilité ; que ton dieu ne pouvant être l'une ou l'autre de ces choses, dans le premier cas je serais un fou d'y croire, un imbécile dans le second.
Mon ami, prouve-moi l'inertie de la matière, et je t'accorderai le créateur, prouve-moi que la nature ne se suffit pas à elle-même, et je te permettrai de lui supposer un maître; jusque-là n'attends rien de moi, je ne me rends qu'à l'évidence, et je ne la reçois que de mes sens; où ils s'arrêtent ma foi reste sans force. Je crois le soleil
Le prêtre : Vous ne croyez donc point en Dieu ?
Le moribond : Non. Et cela pour une raison bien simple, c'est qu'il est parfaitement impossible de croire ce qu'on ne comprend pas. Entre la compréhension et la foi, il doit exister des rapports immédiats ; la compréhension n'agit point, la foi est morte, et ceux qui, dans tel cas prétendraient en avoir, en imposentTrompent (les autres). Je te défie toi-même de croire au dieu que tu me prêches - parce que tu ne saurais me le démontrer, parce qu'il n'est pas en toi de me le définir, que par conséquent tu ne le comprends pas - que dès que tu ne le comprends pas, tu ne peux plus m'en fournir aucun argument raisonnable et qu'en un mot tout ce qui est au-dessus des bornes de l'esprit humain, est ou chimèreReprésentation imaginaire, impossible, comme la Chimère, créature fantastique de la mythologie grecque ayant une tête de lion, un corps de chèvre et une queue de dragon ou inutilité ; que ton dieu ne pouvant être l'une ou l'autre de ces choses, dans le premier cas je serais un fou d'y croire, un imbécile dans le second.
Mon ami, prouve-moi l'inertie de la matière, et je t'accorderai le créateur, prouve-moi que la nature ne se suffit pas à elle-même, et je te permettrai de lui supposer un maître; jusque-là n'attends rien de moi, je ne me rends qu'à l'évidence, et je ne la reçois que de mes sens; où ils s'arrêtent ma foi reste sans force. Je crois le soleil
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parce que je le vois, je le conçois comme le centre de
réunion de toute la matière inflammable de la
nature, sa marche périodique me plaît sans
m'étonner. C'est une opération de physique,
peut-être aussi simple que celle de
l'électricité, mais qu'il ne nous est pas permis
de comprendre. Qu'ai-je besoin d'aller plus loin, lorsque tu m'auras
échafaudé ton dieu au-dessus de cela, en
serais-je plus avancé, et ne me faudra-t-il pas encore
autant d'effort pour comprendre l'ouvrier que pour définir
l'ouvrage ?Par conséquent, tu ne m'as rendu aucun service par l'édification de ta chimère, tu as troublé mon esprit, mais tu ne l'as pas éclairé et je ne te dois que de la haine au lieu de reconnaissance. Ton dieu est une machinedu latin machina, signifiant : engin, invention que tu as fabriquée pour servir tes passions, et tu l'as fait mouvoir à leur gré, mais dès qu'elle gêne les miennes trouve bon que je l'aie culbutée, et dans l'instant où mon âme faible a besoin de calme et de philosophie, ne viens pas l'épouvanter de tes sophismes, qui l'effraieraient sans la convaincre, qui l'irriteraient sans la rendre meilleure; elle est, mon ami, cette âme, ce qu'il a plu à la nature qu'elle soit, c'est-à-dire le résultat des organes qu'elle s'est plu de me former en raison de ses vues et de ses besoins; et comme elle a un égal besoin de vices et de vertus, quand il lui a plu de me porter aux
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premiers, elle m'en a inspiré les désirs, et je
m'y suis livré tout de même. Ne cherche que ses
lois pour unique cause à notre inconséquencemanque de
logique, d'esprit de suite
humaine, et ne cherche à ses lois d'autres principes que ses
volontés et ses besoins.Le prêtre : Ainsi donc tout est nécessairerendu inévitable par une suite de causes et conséquences dans le monde.
Le moribond : Assurément.
Le prêtre : Mais si tout est nécessaire - tout est donc réglé ?
Le moribond : Qui te dit le contraire ?
Le prêtre : Et qui peut régler tout comme il l'est si ce n'est une main toute-puissante et toute sage ?
Le moribond : N'est-il pas nécessaire que la poudre s'enflamme quand on y met le feu ?
Le prêtre : Oui.
Le moribond : Et quelle sagesse trouves-tu à cela ?
Le prêtre : Aucune.
Le moribond : Il est donc possible qu'il y ait des choses nécessaires sans sagesse et possible par conséquent que tout dérive d'une cause première, sans qu'il y ait ni raison ni sagesse dans cette première cause.
Le prêtre : Où voulez-vous en venir?
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Le moribond
: À te prouver que tout peut être ce qu'il est et
ce que tu vois, sans qu'aucune cause sage et raisonnable le conduise,
et que des effets naturels doivent avoir des causes naturelles, sans
qu'il soit besoin de leur en supposer d'antinaturelles, telle que le
serait ton dieu qui lui-même, ainsi que je te l'ai
déjà dit, aurait besoin d'explication, sans en
fournir aucune ; et que, par conséquent dès que
ton dieu n'est bon à rien, il est parfaitement inutile ;
qu'il y a grande apparence que ce qui est inutile est nul et que tout
ce qui est nul est néant ; ainsi, pour me convaincre que ton
dieu est une chimère, je n'ai besoin d'aucun autre
raisonnement que celui qui me fournit la certitude de son
inutilité.Le prêtre : Sur ce pied-làDans ces conditions, en suivant ce raisonnement, il me paraît peu nécessaire de vous parler de religion.
Le moribond : Pourquoi pas, rien ne m'amuse comme la preuve de l'excès où les hommes ont pu porter sur ce point-là le fanatismePassion excessive pour une conviction, en matière religieuse en particulier. Cliquer sur le lien pour en savoir plus et l'imbécillité ; ce sont des espèces d'écarts si prodigieux, que le tableau selon moi, quoique horrible, en est toujours intéressant. Réponds avec franchise et surtout bannis l'égoïsme. Si j'étais assez faible que de me laisser surprendre à tes ridicules systèmes sur l'existence fabuleuse de l'être qui me rend la religion nécessaire,
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sous quelle forme me
conseillerais-tu de lui offrir un culte ? Voudrais-tu que j'adoptasse
les rêveries de ConfuciusLe
sage qui a donné à la civilisation chinoise sa
religion principale. Cliquer sur le lien pour en savoir plus,
plutôt que les
absurdités de BrahmaLe
Dieu créateur de la religion hindoue. Cliquer sur le lien
pour en savoir plus, adorerais-je le grand
serpent des
nègres, l'astre
des PéruviensLe soleil était
adoré par les Incas du Pérou
ou le dieu des
armées de MoïseUn
personnage très important de la Bible, connu entre autres
pour avoir conduit les Juifs hors d'Égypte. Cliquer sur le
lien pour en savoir plus, à laquelle
des sectes
de MahometLe
prophète fondateur de la religion islamique. Cliquer sur le
lien pour en savoir plus voudrais-tu que je me
rendisse, ou quelle
hérésieDoctrine
contraire à la foi catholique, erreur condamnée
par l’Église en matière de religion.
de chrétiens serait selon toi
préférable ? Prends garde à ta
réponse.
Le prêtre : Peut-elle être douteuse ?
Le moribond : La voilà donc égoïste.
Le prêtre : Non, c'est t'aimer autant que moi que de te conseiller ce que je crois.
Le moribond : Et c'est nous aimer bien peu tous deux que d'écouter de pareilles erreurs.
Le prêtre : Et qui peut s'aveugler sur les miracles de notre divin rédempteurCelui qui rachète. Ce terme désigne ici Jésus-Christ ?
Le moribond : Celui qui ne voit en lui que le plus ordinaire de tous les fourbestrompeurs et le plus plat de tous les imposteursCeux qui inventent, qui débitent une fausse doctrine.
Le prêtre : Ô dieux, vous l'entendez et vous ne tonnez pas !
Le moribond : Non, mon ami, tout est en paix, parce que ton dieu, soit impuissance, soit raison, soit tout ce que tu voudras enfin, dans
Le prêtre : Peut-elle être douteuse ?
Le moribond : La voilà donc égoïste.
Le prêtre : Non, c'est t'aimer autant que moi que de te conseiller ce que je crois.
Le moribond : Et c'est nous aimer bien peu tous deux que d'écouter de pareilles erreurs.
Le prêtre : Et qui peut s'aveugler sur les miracles de notre divin rédempteurCelui qui rachète. Ce terme désigne ici Jésus-Christ ?
Le moribond : Celui qui ne voit en lui que le plus ordinaire de tous les fourbestrompeurs et le plus plat de tous les imposteursCeux qui inventent, qui débitent une fausse doctrine.
Le prêtre : Ô dieux, vous l'entendez et vous ne tonnez pas !
Le moribond : Non, mon ami, tout est en paix, parce que ton dieu, soit impuissance, soit raison, soit tout ce que tu voudras enfin, dans
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un être que je n'admets un moment que par condescendanceBienveillance
mêlée de mépris.
pour
toi, ou si tu l'aimes mieux pour me prêter à tes
petites vues, parce que ce dieu, dis-je, s'il existe comme tu as la
folie de le croire, ne peut pas pour nous convaincre avoir pris des
moyens aussi ridicules que ceux que ton Jésus suppose.Le prêtre : Eh quoi, les prophéties, les miracles, les martyrsCeux qui ont souffert ou sacrifié leur vie au nom de leur foi, tout cela ne sont pas des preuves ?
Le moribond : Comment veux-tu en bonne logique que je puisse recevoir comme preuve tout ce qui en a besoin soi-même ? Pour que la prophétie devînt preuve, il faudrait d'abord que j'eusse la certitude complète qu'elle a été faite ; or cela étant consigné dans l'histoire, ne peut plus avoir pour moi d'autre force que tous les autres faits historiques, dont les trois quarts sont fort douteux ; si à cela j'ajoute encore l'apparence plus que vraisemblable qu'ils ne me sont transmis que par des historiens intéressés, je serai comme tu vois plus qu'en droit d'en douter. Qui m'assurera d'ailleurs que cette prophétie n'a pas été l'effet de la combinaison de la plus simple politique comme celle qui voit un règne heureux sous un roi juste, ou de la gelée dans l'hiver ; et si tout cela est, comment veux-tu que la prophétie ayant un tel besoin d'être prouvée puisse elle-même devenir une preuve ?
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À
l'égard de tes miracles, ils
ne m'en imposent pasils ne me trompent pas
davantage.
Tous les fourbes en ont fait, et tous les sots en ont cru ; pour me
persuader de la vérité d'un miracle, il faudrait
que je fusse bien sûr que l'événement
que vous appelez tel fût absolument contraire aux lois de la
nature, car il n'y a que ce qui est hors d'elle qui puisse passer pour
miracle, et qui la connaît assez pour oser affirmer que tel
est précisément celui où elle est
enfreinte ? Il ne faut que deux choses pour accréditerfaire
croire
à un
prétendu miracle, un bateleurPersonne
habile à faire des tours d'adresse en public (dans une
foire, par exemple) et des femmelettes ; va, ne
cherche jamais d'autre origine aux tiens, tous les nouveaux sectateursadeptes
d'une théorie, d'une philosophie, d'une foi (ici, terme
péjoratif)
en ont fait, et ce qui est plus singulier, tous ont trouvé
des imbéciles qui les ont crus. Ton Jésus n'a
rien fait de plus singulier qu'Apollonius
de TyaneUn philosophe grec auquel on attribue des miracles.
Cliquer sur le lien pour en savoir plus , et
personne
pourtant ne s'avise de prendre celui-ci pour un dieu ; quant
à tes martyrs, ce sont bien assurément les plus
débilesfaibles
de tous tes arguments. Il ne faut que de
l'enthousiasme et de la résistance pour en faire, et tant
que la cause opposée m'en offrira autant que la tienne, je
ne serai jamais suffisamment autorisé à en croire
une meilleure que l'autre, mais très porté en
revanche à les supposer toutes les deux pitoyables.Ah ! mon ami, s'il était vrai que le dieu que tu prêches existât, aurait-il besoin de miracles, de martyrs et de prophéties pour établir
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son empire, et si, comme tu le dis, le coeur de l'homme
était son ouvrage, ne serait-ce pas là le
sanctuaireUn
lieu sacré
qu'il aurait choisi pour sa loi ? Cette loi
égale, puisqu'elle émanerait d'un dieu juste, s'y
trouverait d'une manière irrésistible
également gravée dans tous, et d'un bout de
l'univers à l'autre, tous les hommes se ressemblant par cet
organe délicat
et sensible(périphrase) le coeur de l'homme
se ressembleraient
également par l'hommage qu'ils rendraient au dieu de qui ils
le tiendraient, tous n'auraient qu'une façon de l'aimer,
tous n'auraient qu'une façon de l'adorer ou de le servir et
il leur deviendrait aussi impossible de
méconnaître ce dieu que de résister au
penchant de son culte. Que vois-je au lieu de cela dans l'univers,
autant de dieux que de pays, autant de manières de servir
ces dieux que de différentes têtes ou de
différentes imaginations, et cette multiplicité
d'opinions dans laquelle il m'est physiquement impossible de choisir
serait selon toi l'ouvrage d'un dieu juste ?
Va, prédicantÉquivalent
du prêtre dans la religion protestante. Ou encore :
moralisateur
, tu l'outrages,
ton dieu en me le présentant de la sorte, laisse-moi le nier
tout à fait, car s'il existe, alors je l'outrage bien moins
par mon incrédulité que toi par tes
blasphèmesGraves
outrages à la religion ou à la divinité
. Reviens à la raison,
prédicant, ton Jésus ne vaut pas mieux
que MahometLe
prophète fondateur de la religion islamique. Cliquer sur le
lien pour en savoir plus, Mahomet pas mieux
que MoïseUn
personnage très important de la Bible, connu entre autres
pour avoir conduit les Juifs hors d'Égypte. Cliquer sur le
lien pour en savoir plus
,
et tous trois pas mieux
que
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ConfuciusLe
sage qui a donné à la civilisation chinoise sa
religion principale. Cliquer sur le lien pour en savoir plus
qui
pourtant dicta quelques bons principes pendant que les
trois autres déraisonnaient; mais en
général tous ces gens-là ne sont que
des imposteurs, dont le philosophe s'est moqué, que la
la canaille(péjoratif)
le peuple, les gens méprisables
a crus et que la justice aurait dû faire pendre.Le prêtre : Hélas, elle ne l'a que trop fait pour l'un des quatre.
Le moribond : C'est celui qui le méritait le mieux. Il était séditieuxqui invite à la révolte , turbulentagité, qui provoque le trouble , calomniateurqui accuse de façon mensongère , fourbe, libertinnotion complexe qui associe la remise en cause des principes religieux et la liberté dans les moeurs. Cliquez sur le lien pour en savoir plus , grossier farceur et méchantqui a tendance à faire le mal dangereux, possédait l'art d'en imposer au peuple et devenait par conséquent punissable dans un royaume en l'état où se trouvait alors celui de Jérusalem. Il a donc été très sage de s'en défaire et c'est peut-être le seul cas où mes maximes, extrêmement douces et tolérantes d'ailleurs, puissent admettre la sévérité de ThémisDéesse de la Justice dans la mythologie grecque. Cliquez sur le lien pour en savoir plus ; j'excuse toutes les erreurs, excepté celles qui peuvent devenir dangereuses dans le gouvernement où l'on vit ; les rois et leurs majestés sont les seules choses qui m'en imposent, les seules que je respecte, et qui n'aime pas son pays et son roi n'est pas digne de vivre.
Le prêtre : Mais enfin, vous admettez bien quelque chose après cette vie, il est impossible que votre esprit ne se soit pas quelquefois plu à percer l'épaisseur des ténèbres du sort qui nous attend, et quel
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système peut l'avoir mieux satisfait que celui d'une
multitude de peines pour celui qui vit mal et d'une
éternité de récompenses pour celui qui
vit bien ?Le moribond : Quel, mon ami ? celui du néant ; jamais il ne m'a effrayé, et je n'y voit rien que de consolant et de simple; tous les autres sont l'ouvrage de l'orgueil, celui-là seul l'est de la raison. D'ailleurs il n'est ni affreux ni absolu, ce néant. N'ai-je pas sous mes yeux l'exemple des générations et régénérations perpétuelles de la nature ? Rien ne périt, mon ami, rien ne se détruit dans le monde; aujourd'hui homme, demain ver, après-demain mouche, n'est-ce pas toujours exister ? Et pourquoi veux-tu que je sois récompensé de vertus auxquelles je n'ai nul mérite, ou puni de crimes dont je n'ai pas été le maître ? Peux-tu accorder la bonté de ton prétendu dieu avec ce système et peut-il avoir voulu me créer pour se donner le plaisir de me punir, et cela seulement en conséquence d'un choix dont il ne me laisse pas le maître ?
Le prêtre : Vous l'êtes.
Le moribond : Oui, selon tes préjugés ; mais la raison les détruit et le système de la liberté de l'homme ne fut jamais inventé que pour fabriquer celui de la grâce qui devenait si favorable à vos rêveries.
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Quel est l'homme au monde qui, voyant l'échafaudestrade
surélevée pour l'exécution des
criminels.Ici, symbole de la peine qui punit le crime
à côté du crime, le commettrait s'il
était libre de ne pas le commettre ? Nous sommes
entraînés par une force irrésistible,
et jamais un instant les maîtres de pouvoir nous
déterminer pour autre chose que pour le
côté vers lequel nous sommes inclinés.
Il n'y a pas une seule vertu qui ne soit nécessaire
à la nature et réversiblement, pas un seul crime
dont elle n'ait besoin, et c'est dans le parfait équilibre
qu'elle maintient des uns et des autres, que consiste toute sa science,
mais pouvons-nous être coupables du côté
dans lequel elle nous jette ? Pas plus que ne l'est la guêpe
qui vient darder son aiguillon dans ta peau.Le prêtre : Ainsi donc, le plus grand de tous les crimes ne doit nous inspirer aucune frayeur ?
Le moribond : Ce n'est pas là ce que je dis, il suffit que la loi le condamne, et que le glaive de la justiceCourte épée, qui sert de symbole à la Justice
le punisse, pour qu'il doive
nous inspirer de l'éloignement ou de la terreur, mais,
dès qu'il est malheureusement commis, il faut savoir prendre
son parti, et ne pas se livrer au stérilequi
ne produit aucun fruit
remords; son effet
est vain, puisqu'il n'a pas pu nous en préserver, nul,
puisqu'il ne le répare pas ; il est donc absurde de
s'y livrer et plus absurde encore de craindre d'en être puni
dans l'autre mondeLa
vie après la mort, l'au-delà
si nous sommes assez heureux que d'avoir
échappé 16
de l'être en celui-ci. À Dieu ne plaise que je
veuille par
là encourager au crime, il faut assurément
l'éviter tant qu'on le peut, mais c'est par raison qu'il
faut savoir le fuir, et non par de fausses craintes qui n'aboutissent
à rien et dont l'effet est sitôt
détruit dans une âme un peu ferme. La raison - mon
ami, oui, la raison toute seule doit nous avertir que de nuire
à nos semblables ne peut jamais nous rendre heureux, et que
notre coeur, que de contribuer à leur
félicitéBonheur
, est la plus grande pour nous que la
nature nous ait accordé sur la terre; toute la morale
humaine est renfermée dans ce seul mot : rendre les autres
aussi heureux que l'on désire de l'être
soi-même et ne leur jamais faire plus de mal que nous n'en
voudrions recevoir.Voilà, mon ami, voilà les seuls principes que nous devions suivre et il n'y a besoin ni de religion, ni de dieu pour goûter et admettre ceux-là, il n'est besoin que d'un bon coeur. Mais je sens que je m'affaiblis, prédicant, quitte tes préjugés, sois homme, sois humain, sans crainte et sans espérance ; laisse là tes dieux et tes religions ; tout cela n'est bon qu'à mettre le ferPar métonymie : des armes et donc la violence guerière. Cliquez sur le lien pour savoir ce qu'est une métonymie. à la main des hommes, et le seul nom de toutes ces horreurs a plus fait verser de sang sur la terre, que toutes les autres guerres et les autres fléauxCalamités qui nuisent au genre humain à la fois. Renonce à l'idée d'un autre monde, il n'y en a point, mais ne renonce
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pas au plaisir d'être heureux et d'en faire en celui-ci.
Voilà la seule façon que la nature t'offre de
doubler ton existence ou de l'étendre.
Mon ami, la voluptéPlaisir fut toujours le plus cher de mes biens, je l'ai encensée toute ma vie, et j'ai voulu la terminer dans ses bras : ma fin approche, six femmes plus belles que le jour sont dans ce cabinet voisin, je les réservais pour ce moment-ci, prends-en ta part, tâche d'oublier sur leurs seins à mon exemple tous les vains sophismesRaisonnements qui apparaissent comme rigoureux et logiques, mais qui en réalité sont faux. de la superstition, et toutes les imbéciles erreurs de l'hypocrisie.
NOTE
Le moribond sonna, les femmes entrèrent et le
prédicant devint dans leur bras un homme corrompu par la
nature, pour n'avoir pas su expliquer ce que c'était que la
nature corrompue.Crédits
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et au modèle de page de : Marco Rosella
Le texte utilisé est la numérisation procurée par : Thierry SELVA
Version html : ATHENA
Notes en infobulles et mise en ligne : Jean-Bernard Marcon
avec la collaboration d'élèves de première du Lycée Vaucanson
Remerciements particuliers à Oriane Péron
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