| << Sommaire des nouvelles | Un autre début de nouvelle >> |
Pensées réelles Aujourd’hui allait changer le cours d’une vie bien tracée. Celle d’un homme, vivant au 23 rue Ronsard, dans un appartement riche en décoration. Ce jeune avocat, issu d’une famille plutôt fortunée, ne profitait guère de tous les avantages qu’il pouvait avoir grâce à son père héritier d’une grande marque automobile. Il s’était choisi cet appartenant comprenant une pièce principale, une chambre et une salle de bain. Jean avait toujours eu du goût pour les tableaux, les sculptures, la décoration … Dès l’âge de six ans sa mère lui avait placé un pinceau dans la main et lui avait appris toutes les techniques pour qu’un tableau soit réussi. Face à la ferveur résolue de sa mère, il s’était montré plutôt conciliant et s’était vite fait prendre par le virus de la peinture, comme toute sa famille maternelle qui depuis des siècles perpétue cette passion. C’est pour cela que, dans sa pièce principale, on ne distinguait presque plus aucun pan de mur derrière tous ses tableaux. Il en avait réalisé plus d’une centaine et, soit les avait gardés pour son appartement, soit les avait laissés, avec tant d’autres, dans le garage familial. Il était fier de ses tableaux. Surtout un qu’il avait planté seul au centre d’un mur, dans sa chambre, face à son lit. Il représentait une femme brune. L’apprenti peintre avait pris plus de temps que d’habitude pour le réaliser. Il n’avait pas plus de dix-huit ans lorsque l’envie de peindre cette femme qui hantait ses esprits le prit. Il s’était appliqué du mieux qu’il le pouvait pour rendre sur un tableau la beauté de cette femme qu’il avait formatée dans sa tête. Elle était vêtue d’une toge blanche qui faisait ressortir son teint mat et ses yeux vert amande. Ses yeux. Il avait mis du temps à trouver les bonnes couleurs, les bonnes teintes. Mais le résultat était formidable, du moins à ses yeux. Cette femme, c’était sa femme, dans sa tête. Elle n’existait pas, il le savait très bien. Et savoir que personne ne pourrait la lui prendre le réconfortait. Dès qu’il passait devant (c'est-à-dire au moins deux fois par jour, au lever et au coucher), il sentait venir en lui un amour imaginaire intense. Il pouvait rester des heures et des heures seul devant ce tableau. A contempler ses yeux d’une rare pureté, la forme de son visage, les petites rides aux coins des yeux, les courbes voluptueuses de ses épaules. Ce matin là, le jeune homme mit longtemps avant de sortir du sommeil. Il n’avait pas de rendez-vous avant 17h00. Il pouvait donc sommeiller dans son lit et la contempler. Quand il se décida enfin à se lever il était déjà 13h00. Il prit une douche, mangea, mit son costume, prépara ses affaires et sortit. Comme d’habitude, il préféra aller jusqu’à la gare à pied pour faire un peu d’exercice. Le rendez-vous se passa très bien mais fut plus long que prévu. Le cas du client étant plutôt complexe. Il dut prendre le train de 22h00. C’était la première fois qu’il prenait un train si tard. Il n’y avait presque personne. Il entra dans un wagon et il fut frappé de stupeur en apercevant là, face à lui, LA femme. Cette femme tant contemplée, tant rêvée. Elle était là, assise sur une banquette entrain de lire un journal. Ne sachant plus quoi faire il passa son chemin et s’arrêta. Il n’en revenait pas. Il posa sa valise, s’appuya sur la fenêtre et essaya de réfléchir à ce qui venait d’arriver. Y29 |
|