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Ce voyage-là

    La dame lisait son journal depuis environ trente minutes quand il y eut une secousse violente dans le train qui s’arrêta lentement.
    J’avais l’habitude de faire ce trajet tous les matins et tous les soirs car je travaillais loin de chez moi. Je disais à ma femme que nous devrions déménager plus près de mon bureau un jour mais elle ne voulait pas. Elle aimait notre maison et n’avait pas envie de la quitter. Je rentrais donc du travail, fatigué de ma journée.
    J’aimais regarder le paysage, je le connaissais par cœur mais je ne me lassais pas de l’observer. Étrangement, je remarquai que les immeubles, les maisons, les rues, les voitures n’y étaient plus.
    A la place, une ferme qui m’était inconnue et des champs complètement vides : pas une vache, pas un mouton, rien ; seul un feu au loin montrait une présence humaine ; La lune éclairait un château immense, effrayant.
    Mais la dame était trop préoccupée par son journal pour se rendre compte de quelque chose, et l’homme en face d’elle ne s’était, lui non plus, rendu compte de rien, à se demander s’il avait senti la secousse ! Il se disputait avec sa femme depuis longtemps déjà (j’en avais mal à la tête). Il hurlait sur sa pauvre femme sans la laisser parler.
    Elle, par contre, ne le regardait pas. Elle ne l’écoutait sûrement pas d’ailleurs. Son regard était perdu dehors, elle tremblait de peur je pense car il faisait chaud dans le train ce soir-là… Elle avait, comme moi, remarqué…
    Le train ne redémarrait pas, la personne du haut-parleur ne nous annonçait pas la cause de notre arrêt… Je commençais à me demander si je rentrerais chez moi ce soir. J’avais peur.


S23