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Nestor « Pourquoi ai-je pris ce train ? », se demanda Tom Dupont. « Pourquoi ne suis-je pas resté chez moi ? » Il était dans le train depuis trois heures environ, parti à 22h45 de Paris pour aller dans le Massif Central. C’était un homme grand, mince, habillé en costume car il avait pris le train à la sortie de son travail et avait eu le temps de récupérer son chien Nestor. Tom regarda par la fenêtre du train et vit un paysage magnifique, presque irréel. Un fleuve passait sous le pont de chemin de fer, le fleuve était lisse, la lune se reflétait sur la surface de l’eau, un reflet presque fantômatique mais qui donnait une impression de douceur. Au loin, on pouvait apercevoir des montagnes, grandes, telles des géants qui se levaient. Quittant des yeux ce paysage de bonheur, il s’assit sur la banquette de sa cabine et regarda son chien, allongé par terre, la tête entre les pattes. C’était un chien, vieux, élégant, obéissant. Tom l’avait récupéré un jour dans la rue alors que Nestor n’était qu’un chiot. Il le caressa et lui dit : « -Tu as de la chance, toi, tu n’as pas tous ces problèmes d’amour, de travail. Tu es mon seul ami et j’espère que tu ne me quitteras pas comme tous les autres » Tom était informaticien. A son arrivée dans l’entreprise, il avait été accueilli par beaucoup de monde, il s’était fait de bons amis, mais au bout de quelques mois ils ne lui parlèrent plus, Tom se demandait pourquoi. Il attendit mais personne ne voulait passer du temps avec lui. Et aujourd’hui, c’était sa femme qui l’abandonnait, soit disant qu’il était insupportable, qu’il criait à longueur de journée. Puis il entendit : « Je te comprends ! » Se levant d’un bond, il regarda autour de lui, mais personne n’était là. Il s’assit et murmura en se frottant les yeux : « - ça y est, j’entends des voix, je deviens fou ... Mais non, tu n’es pas fou ! » Ayant rouvert les yeux, affolé, il se dirigea vers la porte de son compartiment, l’ouvrit, marcha le long du couloir, frappa à la porte voisine et attendit en tapant du pied sous l’effet de la colère. Quelqu’un ouvrit et Tom cria : « - Vous avez fini de m’espionner, de me parler, j’aimerais me reposer ! » Il claqua la porte et se dirigea vers son compartiment, marchant vite, énervé par ces gens qui ne comprenaient rien. Au loin, la personne qui avait ouvert la porte cria : « - Vous êtes fou ! » Mais Tom s’en fichait complètement. Il entra dans sa cabine, s’assit et mit sa tête entre ses mains. « - Pourquoi as-tu crié sur ces pauvres gens ? Ils ne t’ont rien fait. » C’en était trop, il se leva, la tête rouge, les poings serrés. « -Tu ne vas quand même pas retourner les voir ? » Il s’arrêta, stupéfait, la voix venait de sa cabine ; il regarda autour de lui, personne, il était seul avec son chien, son chien ... Il regarda Nestor, toujours allongé mais qui le regardait. « - Tu en as mis du temps à comprendre. » C’était Nestor qui parlait, et Tom, la bouche ouverte, les yeux grand ouverts, s’assit par terre en face de son chien, effrayé de voir celui-ci parler. R22 |
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