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Une nuit pour choisir

Je regarde par la fenêtre.  La nuit tombe déjà.  Le train longe une nationale, j’observe les voitures qui filent sur cette ligne droite, phares allumés.  Et j’imagine... Toutes ces voitures ... Autant de vies différentes ...
Tiens, cet homme qui roule trop vite, il sort sûrement du travail, et dans ce cas, deux possibilités s’offrent à lui. Soit il ira retrouver sa femme qui l’attend sûrement avec impatience ; soit il rentrera chez lui, et passera comme tous les soirs, une soirée, seul, à rêver d’une toute autre vie.
    Je suis debout, devant la vitre qui laisse passer un souffle d’air glacé désagréable.  J’imagine la vie, quand, me sortant de ma rêverie, une voix mécanique nous signale : « Bonsoir, nous vous rappelons qu’un espace cafétéria est mis à votre disposition  dans la voiture n° 8, passez un agréable voyage. »       
C’est vrai que je commence à m’endormir, je regarde ma montre, il est 21h34, je décide donc d’aller prendre un café, histoire d’avoir l’air suffisamment réveillé quand elle me verra ...
D’ailleurs se doute-t-elle de quelque chose ?  A-t-elle eu un soupçon hier, quand j’ai raccroché le téléphone ?  Non, impossible.
    Voilà maintenant un an que l’on est ensemble, un an de rire, un an de complicité, et pourtant ...
Pourtant je me surprends parfois à repenser à l’autre, à la vie que je menais avant ... Mais j’ai dû tout abandonner pour mon avenir professionnel, loin du bonheur auquel je m’étais attaché ... Malgré la distance, je ne peux m’empêcher de repenser à elle ... Sophie ...
En voyant toutes ces vies défiler devant moi, il m’arrive de douter.  Et si ? ... Non.  Je me suis reconstruit, le passé appartient au passé.
    Aujourd’hui, j’ai donc une nouvelle vie et un nouveau travail.  C’est d’ailleurs là que j’ai rencontré celle chez qui je me rends ce soir, pour une surprise.
    Une fois mon café commandé, je m’assois mollement sur un des deux fauteuils mis à ma disposition.  A peine installé, la tête baissée sur le journal de la veille, une voix de femme me fait sursauter :
« Damien ?!  C’est bien toi ? » .  Je relève la tête, surpris d’être ainsi accosté, et soudain des centaines d’images me reviennent en mémoire ...
« Sophie ! » ...

 Q21