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Ma dernière course En ce 25 Octobre 2007, 21 h 30, je me trouve à la gare Montparnasse, Voiture 7, assis sur le siège de l'allée n°3, rang 9. Je suis seul. J'attends patiemment. Il fait nuit, je sens sur mon torse comme une fraîcheur métallique venant de la poche intérieure gauche de ma veste. Le train est éclairé d'une lumière qui se veut réconfortante, chaleureuse. Je suis à la fenêtre du train en partance pour Nice, des spots rouges qui semblent être des feux de signalisations parsèment le chemin. Le tangage de la voiture me berce, on s'endormirait presque. M'endormir ? Je ne peux m'y résoudre. Je reste là, à attendre je ne sais qui (ou quoi, il faut s'attendre à tout), un dossier à la main, n'ayant pour seule compagnie que le reflet de mon propre visage à travers la vitre du train. Je demeure là à me contempler pendant une bonne demi-heure. Soudain, mon reflet me fait faux-bond, et disparaît dans les ténèbres qu'est devenu le train. Plus de lumière chaleureuse et réconfortante, juste les spots rouges, et un train qui ralentit... ... En ce 25 Octobre 2007, commence ma journée de travail. Comme toutes les autres avant celle-ci ont commencé, j'arrive à sept heures et demi au bureau, vêtu d'un costume noir, avec une cravate pourpre, d'habitude mes cravates sont bleues dans les tons clairs. J'ai changé machinalement de cravate, sans savoir pourquoi, comme si aujourd'hui, une nouvelle vie devait commencer pour moi. Que dis-je, une nouvelle vie ! Ah ! Si seulement c'était possible, je ne suis qu'un comptable, un employé de bureau qui n'est bon qu'à faire de la frappe sur un clavier. Enfin bon, revenons en au fait. J'arrive dans mon bureau, allume mon ordinateur, pointe à la badgeuse (enfin, ce qu'il en reste, elle est cabossée de partout et l'afficheur est hors service), une fois mon café bu (une cafetière et demi), je consulte les notes de services qui s'accumulent sur mon bureau telle une montagne. Alors... Dolores qui veut les payes dans les plus brefs délais... André qui veut le taux d'imposition de l'URSAF... Vincent qui demande un bilan financier de l'entreprise pour demain... Kévin qui a besoin de moi pour de la maintenance... Eh oui, en plus d'être comptable, je m'occupe de toute la maintenance informatique. Je suis le plus doué. La devise de notre Chère entreprise de métallurgie n'est pas « Polyvalence, productivité, efficacité » pour rien. Bon, je poursuis mon monologue : Dédée qui demande si j'ai fini de réparer son imprimante... Eddy qui me demande si je peux le remplacer pour le mois prochain... Brian qui me demande deux boîtes de stylos et un paquet de cigarettes au tabac du coin... J'oubliais, je m'occupe aussi du ravitaillement en fournitures pour les autres, il n'ont qu'à passer commande (sur le compte de l'entreprise bien entendu), et pour les autres fournitures (café, mouchoirs en papier, cigarettes, chewing-gum), ils me font une avance pour le mois, et me voilà transformé en coursier. J'ai vraiment l'impression d'être un chien aux yeux de l'entreprise, mais bon, le salaire est là. Je suis bien vu, j'ai plus de congés payés que n'importe qui au sein du personnel, des augmentations tous les ans, une assurance payée par l'entreprise, que voulez-vous ? On ne trouve plus du travail aussi facilement qu'il y a vingt ans, et puis, j'ai une maison, de quoi manger et je suis célibataire. Il y a toujours pire ailleurs. Soudain, une note attire mon attention. Les yeux grand ouverts, je la lis, silencieusement cette fois, sans un bruit... Une note du patron lui-même : Prenez le train de 21 h 30, gare Montparnasse, Voiture 7, le siège de l'allée n°3, rang 9, soyez seul, vous apporterez les documents situés à la cave, casier AY21/3... J'en ai froid dans le dos, c'est peut être mon salut, cette nouvelle vie qui commence. Je ne comprends pas, casier AY21/3... Très bien, je vais chercher les documents, « purge » ma journée de dépanneur de comptable et de coursier, monte dans le train, gare Montparnasse, à 21 h 30, voiture 7, et m'assois sur le siège de l'allée 3, rang 9. M17 |
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