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Rayon bleu sur fond de meurtre
Il faisait noir. La lune ne suffisait pas à éclairer le train, filant
dans la nuit. Mais elle me suffisait, à moi. La lumière bleue se
reflétait sur la surface métallique du train, m'indiquant régulièrement
la distance qui me séparait encore de lui. Un nuage passa, masquant la lune. Pas de panique, pas de panique. Je fermais les yeux, laissant mon ouïe devenir de plus en plus fine. J'isolais les sons, un par un : une chouette, un rongeur, une légère brise dans les branches... Je les localisais et les oubliais. A présent, je n'entendais plus que le bruit du train sur les rails. Doux murmure qui me chantait déjà ma future victoire. Le bruit se rapprochait, se rapprochait, toujours plus fort, toujours plus proche. Mon coeur battait, battait jusqu'à ce que je n'entende plus que lui. Battait dans mon dos, mon ventre, mes épaules, ma nuque, mes lèvres entrouvertes. Je n'entendais plus le train. Mes yeux se rouvrirent, mes pupilles se dilatèrent, puis se rétractèrent. Le train était là. Tout près. Trop près. Je n'avais plus de temps à perdre. Je voyais déjà les silhouettes sombres des passagers se détacher sur la lumière artificielle des néons. Je le voyais, lui. Debout, il regardait à la fenêtre, prenant sans doute du plaisir à respirer l'air de la nuit. De sa dernière nuit. Je saisis d'un geste brusque le vieux fusil de chasse de mon père, posé dans l'herbe humide. Je l'épaulai. J'attendais le bon moment. Une poignée de secondes, et il était là, dans l'axe. Exactement dans le bon axe. Même la lune était revenue pour assister à ma vengeance, conférant à la scène une aura fantomatique. C'était le bon moment. « Ah, tu as voulu fuir? » J40 | |