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À contrecoeur Je
suis là, je regarde le paysage nocturne qui défile derrière la fenêtre
du train. On vient juste de partir et je repense à tout ce que
j'abandonne. Je sais que je ne vais pas fermer l'oeil de la nuit, je
vais rester éveillé à écouter le doux ronronnement du
train en me torturant l'esprit au sujet de toute cette histoire. A cette heure-ci, ma femme a dû avoir trouvé ma lettre accrochée au frigo. Elle a dû s'asseoir sur une des chaises de la cuisine, oui une de ces chaises bleues qu'on avait choisies ensemble, pour lire mes quelques lignes. Je sais qu'elle pleure. Et mes enfants, mes deux petits, je suis sûr qu'ils réclament à leur mère que ce soit papa qui leur lise une histoire. Mais papa est maintenant loin... Oh oui, ils vont me manquer mes petits. Trois et cinq ans, qu'est-ce que la vie doit être belle quand notre plus gros problème est de savoir de quelle couleur on va colorier la robe de la princesse ! Soudain, je m'en veux de leur gâcher ça : mes enfants, leur problème présent c'est que leur père n'est plus là... Mais je n'avais vraiment pas le choix ! Je décide de me rendre à la voiture bar. Je passe devant une femme qui lit le journal et une pensée horrible me traverse l'esprit : et si j'étais déjà dans le journal ?! Le sourire qu'elle m'adresse m'assure que non. Quelque peu rassuré, je poursuis mon chemin et m'effondre sur un fauteuil de la voiture bar. Un double whisky plus tard, je regarde les gens qui peuplent cet endroit : des grands, des petits, des gros, des maigres, des personnes avec qui je partage quelques instants de ma vie. Je ne les reverrai probablement jamais. On croise des milliers de personnes mais seules quelques unes ont des conséquences sur le déroulement de notre vie, certaines plus que d'autres d'ailleurs et je suis bien placé pour l'affirmer. Quelques heures plus tard, tout le monde ou presque a rejoint sa place pour s'abandonner au sommeil. Je finis donc par me décider à retrouver le siège 17 du compartiment 12. Dans ce dernier, tout le monde dort sauf un homme qui me regarde, me dévisage plus exactement. N'a-t-il jamais vu un homme en costume pleurer ? Je détourne mon regard et le laisse se plonger dans le vague. Soudain, je sens le train freiner puis la voix du contrôleur qui annonce notre arrivée imminente. Mon coeur bat de plus en plus fort. Désormais je ne suis plus Nicolas Allain mais David Dubois. H38 | |