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Arancar Minuit, un soir de décembre. Je lisais tranquillement le journal de la veille que j'avais trouvé sur un siège. Les nouvelles n'étaient pas bonnes : un meurtre à Paris, un incendie à Marseille. La lumière du wagon clignotait au rythme des rails. En face de moi, un homme somnolait, un baladeur aux oreilles. De temps à autre, le bruit d'un passage à niveau le réveillait, puis il retombait dans son sommeil. Le calme qui régnait était propice à l'expansion de mon imagination. Mes yeux papillonnaient, essayant de rester ouverts. Ma lecture achevée, je pliai le journal et le mis sur le fauteuil voisin. Pour essayer de combattre le sommeil, je décidai d'aller au bar, me servir un whisky. Entre mon wagon et celui du bar, je rencontrais quelques hommes d'affaires travaillant sur leur ordinateur, puis, dans l'avant-dernier wagon, je vis un homme renfermé sur lui-même, emmitouflé dans des couvertures. À mon passage, je le vis essayer de prendre un tasse de café mais sa main tremblait tellement que dans sa tentative il en renversa le contenu sur mon pantalon. Il tenta maladroitement de s'excuser mais lorsqu'il dévoila son visage, je fis un pas en arrière, affolé. Son visage rond était parsemé de larges griffures dont certaines n'étaient pas encore cicatrisées. Ses yeux, rouges de sang et sa large bouche lui donnaient un air malfaisant, machiavélique. A ce moment-là, je me mis à reculer, puis, le voyant s'avancer vers moi, à courir vers mon compartiment d'origine. Au fil de sa course, il laissait échapper les couvertures qui le cachaient et criait : « Je suis désolé, ce n'est pas de ma faute ! », mais je continuais à courir. En regardant de temps en temps en arrière, je le vis changer de visage. Son air coupable avait laissé place à un air plus méchant, sadique même : il souriait et riait jusqu'à ce qu'il m'attrape. Sa main fluette et poilue avait attrapé mon bras droit. Il me retourna vers lui d'un geste brusque et me regarda dans les yeux. Je pouvais lire dans les siens sa joie et sa satisfaction. Il riait de plus en plus bruyamment puis dit : « Pourquoi cours-tu, humain ? Je t'ai dit que j'étais désolé ! Mais tu es trop peureux, oh oui, regarde comme tu as déguerpi lorsque tu as vu ce que tu n'aurais pas dû voir ! Nous ne pouvons pas nous permettre d'être vus, nous les Arancars ! Tu comprends donc aisément pourquoi je dois t'éliminer ? » Il leva sa main gauche à la hauteur de mon front et je vis son index s'allonger, devenant de plus en plus pointu, de plus en plus menaçant. Au moment où il commença à pénétrer dans ma chair, entre mes deux yeux, je sus que me mort était proche. Je me sentais partir, une lumière blanche m'attirait... A5 | |