VICTIME DE L'AMOUR AVEUGLE

Lentement elle se tourna vers moi et me fixa de ce regard qui m’avait toujours fait chavirer…. Alors, c’est fait ? demanda-t-elle. Je restai un moment sans répondre et finis par lui dire ce qu’elle voulait entendre, c’est-à-dire oui.

Vous savez, je n’ai pas tué Maître Jean FALEMPIN.

J’ai dû lui mentir, et je m’en veux … Mais d’un autre côté j’ai bien fait car sinon cet homme aurait laissé derrière lui une veuve et trois orphelins.

Julie lui en voulait ! C’est lui qui a envoyé son frère en prison pour vingt ans. Comme elle n’avait pas eu le courage de le tuer, elle m’a envoyé à sa place. Elle pensait, sans doute, que je le ferais.

Elle me regarda encore de son regard « charmeur » et me félicita d’avoir en quelque sorte vengé son frère. Mais j’étais seul, à part Maître FALEMPIN et sa famille à savoir qu’il était encore vivant.

J’allais me coucher avec le sentiment d’avoir au moins fait quelque chose de bien, dans ma misérable vie. J’avais un casier judiciaire aussi long que mon bras.

La nuit a été agitée, je n’ai eu qu’une seule pensée : mon petit frère Kévin. Treize ans, en 3ème au collège de Montlouis. Il adore faire du BMX avec ses camarades, Will et Fred. Je ne sais pas ce qui lui a pris de fuguer, pourtant il semblait avoir une vie stable : peut être trop, justement. Pas comme la mienne. Ma mère, elle ne dormait plus, elle avait l'air d'avoir été battue, tellement la fatigue marquait son visage. Mais mon père, lui, ça fait longtemps qu’on ne le voit plus. Il a peut-être oublié qu’on existait, nous sa propre chair et son propre sang.

Le soleil se leva et comme d’habitude j’allai chercher le journal dans la boîte aux lettres, et là je faillis tomber à la renverse …. En gros titre était annoncée la mort de Maître FALEMPIN, tué de 15 coups de couteau et victime de multiples fractures à la cage thoracique sans compter les innombrables hématomes au visage. Je revins à la cuisine et là, l’air de rien, je donnai le journal à Julie qui me regarda avec ses si beaux yeux et elle me dit avec un ton ironique :

- Il a dû morfler le pauvre.

Elle lut l’article plus en détails et m’annonça qu’on avait retrouvé le corps sur une barque isolée au milieu de la Loire. C’est un pêcheur matinal qui avait découvert le cadavre. Il se demandait pourquoi cette barque se trouvait là sans personne à bord. Alors il décida d’aller voir ce qui se passait, à sa grande stupéfaction, il découvrit le cadavre, à peine reconnaissable : ce sont les médecins légistes qui ont dû l’identifier.

L’annonce de la mort de Maître FALEMPIN me terrifiait et pour cause. Si la police remontait jusqu’à Julie, elle dirait qu’elle n’avait pas pu le tuer, et elle avouerait qu’elle avait confié cette lourde et pénible tâche, et là c’en était fini pour moi. Je ne devais pas me laisser accuser à tort, d’abord par honneur mais surtout pour ma famille. Pour cela, je devais retrouver mon frère. L’article disait que près du lieu du crime se trouvait un terrain de bicross… Et si Kévin… ? Oui ; il aurait pu avoir vu ou entendu quelque chose. Mais pour avoir ces éléments, il fallait d’abord le retrouver. Mais par où commencer ? Je ne le savais pas. Puis soudain, il me vint une idée.

Will et Fred, il me fallait leur parler. Ils pourraient sûrement m’aider dans ma recherche.



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