Appât de loup (à pas de loup)

Un de plus.

Encore un que la mort avait pas loupé. On était tous terrorisés par ce malade, qui commençait à bien nous aimer. Si je l'avais en face de moi, il ne rigolerait pas.

On était tous là dans le grand froid, en pleine nuit en face de ce foutu canal, à cause de ce psychopathe. Ce type avait déjà réussi à en attraper huit, tous flics de notre fichue ville. La technique du tueur était toujours la même. Il venait chez nous, sonnait à la porte, attendait que l'on regarde par le judas optique. Là, il sortait la perceuse, pour réduire notre vue du niveau pilote de chasse à vieux bigleux. Il enfonçait la porte, puis il prenait plaisir à voir le pauvre type hurler de terreur. Le tueur lui, ouvrait la victime encore vivante, pour extraire ses organes. Ce malade les mettait ensuite devant la porte puis il disparaissait vers le canal où il en finissait avec le cadavre en le jetant à l'eau : ça donnait même pas envie aux poissons. Le corps, tel un glaçon, flottait jusqu'à ce que les pêcheurs découvrent le malheureux.

Cette manière de nous tuer nous horrifiait, et personne ne comprenait pourquoi le voisinage n'entendait rien. On le surnommait même le « tueur silencieux ». Entre policiers, l'atmosphère était lourde. Elle avait de quoi nous démoraliser. On se soupçonnait entre nous. Comment le tueur pouvait-il nous connaître ? Seul quelqu'un qui avait accès à nos fichiers pouvait en être capable. Cette idée avait été la source de plusieurs bagarres.

Maintenant je suis devant ce canal où du bleu profond de l'eau se noie le désespoir. Personne n eparle. Pas un mot. Pas un bruit. Sauf celui de nos respirations haletants. Une ambiance de mort. Puis le cri du vent qui déchire l'abîme. Sans compter ce record de froid des deux derniers mois. Le froid s'est installé avec notre tueur, ou n'est-ce qu'une personne. Un humain ne peut avoir fait ça : ce ne peut être qu'un démon.

Le cadavre de Tibalt, notre fournisseur d'indics. Par terre. Pris en photo sous toutes les coutures. Le pauvre gars qui aurait pu être n'importe lequel d'entre nous avait tiré hier soir le mauvais numéro. A peine reconnaissable, il était examiné avec soin, pour retrouver la moindre trace de ce salaud. Aucune chance. C'était du travail de chirurgien. Pas un cheveu. Pas un poil. Pas une trace de doigt. Rien. Aujourd'hui, la nouvelle victime, c'est cet homme qui se fait redécouper dans tous les sens. Mais demain, après-demain ? A qui le tour ? Ça peut être un de mes amis, un collègue, un cousin, mon pire ennemi. Ou moi. Au début, il y avait un mort tous les lundis, puis il s'est mis à augmenter le rythme. Aujourd'hui, plus de logique de temps. Une loterie sans gain. La seule consolation est la haine offerte à tous les amis de l'élu. Il nous connaissait. Nous espionnait. Et nous tuait. Il tenait les rênes. On connaît tous le jour de notre naissance, mais lui peut maintenant décider de la date de notre mort. J'ai le pressentiment que cette affaire va m'apporter des difficultés d'un héros grec.

Je devenais indifférent à la vue des corps massacrés. Ça fait depuis un mois que cette affaire commençait et aucun nouvel élément depuis le premier meurtre. Un mois que je me décarcasse pour trouver une raison. Quatre semaines que je cherche un meurtrier. Trente jours que je ne dors plus.

J'étais là, devant le corps. Le médecin m'avait appelé car il avait trouvé quelque chose de nouveau. Je voyais en plein dans ses poumons qui avaient été colorés à l'acide. La forme des brûlures dues à ce liquide formait des lettres. Une phrase qui me nouait la gorge...

Platek Elias

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