Un peu de linguistique
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Silbo, en espagnol, veut dire siffler. Bien que ce ne soit pas considéré comme un modèle de politesse, il est très commun de siffler pour appeler quelqu'un. Toutefois, on ne le fait que pour attirer son attention, et celle-ci obtenue, on communique son message par le biais du langage parlé.
L'originalité des langages sifflés en général
et du silbo gomero en particulier, c'est qu'il s'agit de langages qui peuvent
transmettre n'importe quelle idée venant à l'esprit du locuteur,
avec les mêmes détails et précisions que le langage parlé.
Il est alors possible de transmettre des messages aussi complexes que "Untel
est malade" ou "Viens manger et au passage apporte de l'eau"
Ce sont des phrases sifllées comme celles-ci que l'on peut entendre sur
les pentes escarpées de l'île de la Gomera aux Canaries.
Le
silbo gomero est employé sur l'ïle de la Gomera, l'une des îles
de l'archipel des Canaries.
Les Isles Canaries se situent dans l'Océan Atlantique au large des côtes
du sud du Maroc. Elles sont séparées de celui-ci par un bras de
mer de 94 kms, et s'étendent entre les 28ème et 29ème
parallèles et à une longitude située entre les 18ème
et 12ème approximativement. C'est un ensemble de sept îles,
avec d'ouest en est, El Hierro, La Palma, La Gomera, Tenerife, Gran Canaria,
Fuerteventura et Lanzarote.
Les Iles Canaries appartiennent à l'Espagne ; c'est l'une des autonomies
du pays, elle est formée d'une seule province. La capitale est Las Palmas
dans l'Ile de Gran Canarias à 1271 kilomètres de Cadix (attention
à ne pas la confondre avec Palma de Mallorca qui est la capitale des
Baléares)
La langue officielle est, comme en Espagne, l'espagnol ; celui des Iles Canaries
est légèrement différent et les linguistes l'appellent
canarian. Retour
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- Pourquoi sifflent-ils au lieu de parler? Siffler pour communiquer n'est pas le seul fait des habitants de l'Ile de
la Gomera. On trouve ce mode de communication dans des zones de la planète
très variées comme au Nepal, chez les indiens Zapotèques
des montagnes d'Oaxaca au Mexique et même en France dans les Pyrénées.
Les lieux où l'on utilise ces langages sifflés ont des points
communs : tous sont des zones montagneuses où les communications sont
difficiles et où la densité de la population est réduite.
Or un message parlé peut porter à 200 mètres au maximum,
tandis que les siffleurs peuvent s'entendre et se comprendre à huit kilomètres
de distance.
Sur la photo, on peut se rendre compte du relief escarpé de l'Ile de
la Gomera. Retour
Ces langages sifflés ne sont pas l'exclusivité d'une famille
de langue précise ni celle d'une ethnie en particulier ; ils sont généralement
l'adaptation de langues parlées, pour être entendues de loin. Ainsi
le silvo gomero, le langage sifflé de l'île de la Gomera est une
adaptation de la langue espagnole où les vibrations des cordes vocales
sont remplacées par un sifflement pour faciliter la communication en
terrain accidenté, afin qu'on puisse l'entendre de loin. Un siffleur
qui le souhaiterait pourrait siffler en italien, en anglais, ou dans n'importe
quelle langue. C'est leur singularité. Retour
Pour celui qui l'entend pour la première fois, le silbo gomero ressemble
tout à fait au chant d'un oiseau. Il est possible d'exprimer cinq voyelles
quoique pas aussi précisément que dans une langue parlée.
En revanche, il n'y a que quatre consonnes, mais la ligne mélodique du
sifflement, son rythme, ses fréquences, ses pauses et interruptions,
ses intonations et la durée des sons, prennent un sens comme c'est le
cas d'ailleurs pour le langage parlé. Retour
Les chercheurs, selon la revue Nature de janvier 2005 viennent de démontrer
que pour comprendre un message sifflé, le cerveau mobilise les mêmes
zones que pour comprendre une langue parlée. En revanche, le cerveau
de ceux qui ne savent pas le langage sifflé mobilise d'autres zones pour
l'écouter. On retrouve le même phénomène pour la
compréhension par les sourds-muets du langage des signes. C'est une découverte
importante pour approfondir nos connaissances sur le fonctionnement du cerveau
humain. Retour
Il existe peu d'études linguistiques sur le silbo gomero et il semble
qu'elles aient toutes été faites par des étrangers. On
connaît assez mal son origine. Quand Jean de Béthencourt débarqua
sur les îles Canaries au début du XVème siècle,
les habitants, les guanches, utilisaient déjà un langage sifflé
pour communiquer d'une montagne à l'autre. Les guanches étaient
de race blanche, souvent blonds aux yeux bleus, grands et forts et ils étaient
vêtus de peaux de chèvres. On ne connaît pas avec exactitude
l'origine de ce peuple. Evidemment, ils ne parlaient pas espagnol. On suppose
que les conquistadors, firent séduits par l'idée de "siffler
une langue" qui s'adaptait parfaitement à la géographie des
lieux. Ils adaptèrent alors le système à la langue espagnole
à partir du langage d'origine utilisé par les habitants préhispaniques
de l'île. Retour
Jusqu'à la première moitié du XXème
siècle, le silvo gomero était utilisé quotidiennement.
Les témoins qui voyagèrent aux Canaries à cette époque
racontent qu'on entendait siffler tout au long de la journée, à
n'importe quelle heure, y compris la nuit. Les cultivateurs communiquaient ainsi
de hameaux en hameaux, les bergers d'une montagne à l'autre, les villageois
d'une maison à l'autre, d'un bout à l'autre du village. Les femmes
l'utilisaient pour appeler leurs maris ou leurs enfants, les bergers pour savoir
si quelqu'un avait vu une de leurs chèvres qui s'était perdue.
Il était très utile pour communiquer jusqu'à l'autre bout
de l'île des informations sur la disparition d'une personne qu'il fallait
chercher ou pour annoncer un décès. Tous étaient ainsi
mis au courant, mieux que par le téléphone ou par le portable.
On raconte même qu'il servit pour avertir la population lorsque des bateaux
s'approchaient des côtes à la recherche d'esclaves. Il ne manque
pas non plus de couples qui se soient rencontrés sans s'être jamais
vus, en échangeant d'abord leur noms, puis en se donnant rendez-vous
comme nous pouvons aujourd'hui nous rencontrer sur Internet et devenir amis.
Bien sûr, le concept de l'intimité était tout autre. Chacun
connaissait les difficultés de chacun et les habitants s'aidaient les
uns les autres. On pouvait reconnaître le sifflement d'une personne de
la même façon que nous reconnaissons les voix. Celui qui avait
un secret à dire devait se déplacer et c'était alors considéré
comme très intime. S'il ne l'avait pas fait, tout le monde sur l'île
aurait été mis au courant, car les sifflements portent très
loin. Retour
A partir des années 50, l'usage du silvo gomero commence à décliner
pour diverses raisons. D'abord, les situations où on l'utilisait allaient
en disparaissant, comme par exemple la garde des chèvres par les bergers.
Ensuite, de nombreux habitants commencèrent à émigrer à
Cuba, au Vénézuela ou vers d'autres îles des Canaries où
l'on n'utilise pas ce langage, à la recherche de travail. Enfin, les
moyens de communication modernes, comme l'apparition des premières routes,
la presse écrite, la radio, plus tard la télévision et
le téléphone, et maintenant Internet, ont joué un rôle
important dans le déclin du silvo gomero. De nos jours, il n'a pas complètement
disparu. On continue à l'utiliser dans de rares zones, en particulier
là où on fait encore paître les chèvres. Par exemple
à Igualejo où, en 1993, il n'y avait qu'une seule cabine téléphonique
publique, on l'utilisait encore, même si ce n'était que pour appeler,
en sifflant de maison en maison, une personne qui avait reçu un appel.
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Depuis environ dix ans, des associations culturelles se sont mobilisées pour que le silbo gomero ne meure pas complètement. En 1998, il y eut une proposition de loi pour intégrer son enseignement dans les programmes scolaires des écoles de l'île de la Gomera. Le projet commença à s'appliquer dans les salles de cours le 10 janvier 2000 dans 17 cités scolaires de l'île. Des démarches ont été faites, en outre, pour qu'il soit déclaré Patrimoine de l'Humanité par l'Unesco. Peut-être aboutiront-elles en 2005.
La génération qui a appris le silvo gomero dans sa jeunesse commence
à vieillir et il est indispensable que ceux qui le connaissent l'enseignent
aux générations actuelles avant que le langage ne disparaisse
complètement. Il est important que ces connaissances sortent ensuite
des écoles et que les habitants ressentent à nouveau le besoin
de l'employer. Actuellement, des spectacles pour les touristes semblent être
une idée intéressante pour motiver son emploi, en remplaçant
un secteur économique, celui des bergers, par un autre non moins lucratif.
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